MARIE LAURINI: ET SI LE LUXEMBOURG AVAIT BESOIN DE DAVANTAGE DE FEMMES COMME ELLE ?

MARIE LAURINI

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Il existe des personnes qui consacrent leur vie à réussir. Et d'autres qui donnent à leur réussite une dimension plus grande encore : permettre à ceux que la vie a fragilisés de retrouver leur place. À Esch-sur-Alzette, Marie Laurini fait partie de ces femmes qui ne se contentent pas de croire en l'humanité. Elles lui donnent chaque jour une raison de tenir debout.

Il est des engagements qui dépassent largement les frontières d'une profession, d'une fonction ou d'une institution. Des engagements qui ne se mesurent pas seulement au nombre de projets réalisés, aux financements obtenus ou aux reconnaissances officielles, mais à cette capacité rare de redonner à un être humain le sentiment qu'il compte encore. Dans un Luxembourg que l'on associe volontiers à la prospérité, à la finance et aux institutions européennes, certaines réalités humaines demeurent pourtant moins visibles. C'est précisément dans cet espace, entre les réussites d'une société et les fragilités de ceux qui peinent à y trouver leur place, que Marie Laurini a choisi d'inscrire son action.

Psychologue, psychothérapeute et femme de terrain engagée depuis plus de vingt ans dans le domaine social, Marie Laurini porte, avec ses équipes, une conception profondément humaine de l'accompagnement. À travers Maison Sourrire, implantée à Esch-sur-Alzette, elle défend une conviction qui paraît simple, mais dont la portée est immense : la dignité d'une personne ne devrait jamais dépendre de sa situation administrative, de son parcours professionnel, de son origine ou des épreuves qu'elle a traversées.

Là où le monde demande des justificatifs, elle commence par offrir une place

Que reste-t-il à une personne lorsqu'elle a perdu son logement, son emploi, ses repères ou parfois jusqu'à la confiance en elle-même ? Derrière ces procédures, parfois indispensables, se cache une réalité que nous oublions trop facilement : la souffrance humaine ne se laisse pas toujours ranger dans une case.

À Maison Sourrire, l'accueil repose sur une approche différente. On peut venir prendre un café, partager un repas, participer à une activité ou simplement trouver un endroit où se poser, sans être immédiatement contraint de raconter son histoire. Le silence lui-même y est respecté. Marie Laurini et son équipe ont compris qu'avant de demander à quelqu'un de reconstruire sa vie, il faut parfois lui permettre de retrouver un espace dans lequel il n'a plus besoin de se défendre.

Cette philosophie prend tout son sens dans l'histoire de Hamodi, un homme confronté à une grande précarité résidentielle et à des difficultés administratives persistantes. Malgré l'incertitude de sa situation, il trouve à Maison Sourrire un environnement dans lequel il se sent accueilli et en sécurité. Son histoire rappelle qu'il existe des lieux qui, sans pouvoir résoudre immédiatement toutes les difficultés, offrent quelque chose de fondamental : la certitude de ne pas être considéré comme un problème de plus.

C'est peut-être là que commence la véritable solidarité : non pas lorsque nous décidons de ce qu'une personne mérite, mais lorsque nous reconnaissons d'abord ce qu'elle est — un être humain.

La générosité comme héritage, l'humanité comme conviction

Certaines vocations trouvent leurs racines bien avant les diplômes et les responsabilités professionnelles. Chez Marie Laurini, une partie de cette philosophie semble remonter à son enfance, marquée par ses origines italiennes et par une grand-mère qui lui a transmis une conception généreuse de l'hospitalité. Dans cette famille, on préparait les repas en prévoyant toujours davantage que nécessaire, parce qu'un visiteur pouvait arriver à l'improviste et qu'il devait pouvoir trouver sa place à table. Ce geste simple contenait déjà une leçon essentielle : accueillir ne devrait pas être un privilège réservé à ceux que l'on connaît.

Des années plus tard, cette culture du partage trouve un prolongement concret à Maison Sourrire. La cuisine y occupe une place centrale, non seulement parce qu'elle répond à un besoin alimentaire, mais aussi parce qu'elle constitue un espace de rencontre, de participation et de reconstruction du lien social. Chaque midi, des repas sont préparés pour une soixantaine de personnes engagées dans un parcours d'insertion socioprofessionnelle.

L'engagement de Marie ne date d'ailleurs pas d'hier. Depuis ses premières expériences bénévoles auprès de la Croix-Rouge luxembourgeoise jusqu'aux différents projets sociaux auxquels elle a participé, plus de deux décennies de terrain ont façonné sa manière d'envisager l'aide et l'accompagnement.

Elle ne répare pas les vies à la place des autres. Elle les aide à retrouver leurs propres forces.

L'une des dimensions les plus remarquables du travail de Marie Laurini réside dans la place qu'elle accorde à la valorisation. Lorsqu'une personne a traversé des traumatismes, des ruptures ou des années de marginalisation, la reconstruction ne consiste pas uniquement à résoudre des problèmes matériels. Elle suppose également de restaurer une image de soi suffisamment solide pour permettre à nouveau l'initiative, la confiance et le désir d'avancer.

C'est pourquoi les ateliers, les activités créatives, les apprentissages et les échanges quotidiens occupent une place importante dans la vie de Maison Sourrire. Marie prend le temps de rencontrer les personnes accompagnées, de découvrir leurs réalisations et de reconnaître leurs efforts. Une création terminée, un repas préparé, quelques mots prononcés dans une langue nouvellement apprise ou un projet professionnel timidement envisagé peuvent représenter des étapes considérables pour une personne dont la confiance a été profondément ébranlée.

La reconstruction se manifeste parfois dans des signes que les indicateurs traditionnels ne savent pas mesurer. Un regard qui se relève, une personne qui recommence à rire, quelqu'un qui ose demander conseil ou qui imagine pour la première fois depuis longtemps un avenir professionnel.

Un curriculum vitae ne raconte jamais toute la valeur d'une vie

Dans le domaine de l'insertion professionnelle, Marie Laurini défend une approche qui mérite une attention particulière. À travers le programme Atelier des possibles, Maison Sourrire accompagne des personnes très éloignées du marché du travail, notamment en raison de parcours marqués par des traumatismes, des ruptures ou de longues périodes d'exclusion.

Une mère qui élève seule plusieurs enfants peut avoir développé une organisation quotidienne exceptionnelle sans jamais avoir occupé un poste de management. Une personne qui a traversé plusieurs pays pour reconstruire sa vie peut avoir acquis une grande capacité d'adaptation, sans disposer des documents permettant de retracer un parcours professionnel conventionnel. Ces expériences rappellent qu'un curriculum vitae ne peut jamais contenir toute la richesse d'une existence.

Plutôt que de demander uniquement aux candidats de s'adapter aux attentes du marché, Maison Sourrire cherche également à faire évoluer le regard des employeurs. Des dirigeants sont invités à découvrir les ateliers, à partager un repas et à rencontrer les personnes accompagnées dans un environnement qui permet de dépasser les premières impressions.

Mais cette ouverture s'accompagne d'une vigilance essentielle. Marie Laurini défend avec fermeté la dignité des personnes accompagnées face aux comportements d'employeurs qui pourraient considérer leur fragilité comme une occasion de les exploiter. Car l'inclusion professionnelle ne peut avoir de sens si elle conduit à reproduire, dans le monde du travail, les rapports de domination dont certaines personnes tentent précisément de sortir.

Une maison portée par une équipe, une vision et des convictions

Derrière les initiatives de Maison Sourrire se trouve un travail collectif qui mérite d'être pleinement reconnu. L'association ne repose pas uniquement sur la détermination de sa dirigeante, mais sur l'engagement quotidien de collaborateurs, de professionnels, de bénévoles et de partenaires qui contribuent à donner une réalité concrète à sa philosophie.

La reconnaissance d'utilité publique obtenue par Maison Sourrire en janvier 2026 constitue une étape importante dans son développement. Elle ouvre notamment de nouvelles possibilités de soutien par les dons, indispensables pour accompagner certaines familles qui ne bénéficient pas des aides habituelles. Mais cette reconnaissance ne fait pas disparaître les défis liés à la pérennité financière des projets associatifs.

L'association développe également des relations avec les entreprises et les acteurs de son environnement afin de favoriser les rencontres et les possibilités d'insertion — rappelant une réalité fondamentale : la solidarité ne peut pas être uniquement l'affaire des associations. Elle gagne à devenir une responsabilité partagée, dans laquelle les entreprises, les institutions et les citoyens peuvent trouver des moyens concrets de contribuer.

Le luxe véritable d'une société : ne laisser personne devenir invisible

Le Luxembourg est un pays dont le dynamisme économique et le rayonnement international sont largement reconnus. Mais aucune prospérité ne saurait effacer, à elle seule, les réalités de la précarité, de l'isolement ou de l'exclusion. Derrière les indicateurs de réussite collective se trouvent aussi des personnes qui peinent à accéder à un logement, à retrouver un emploi ou à faire reconnaître leurs droits.

L'engagement de Marie Laurini rappelle que la grandeur d'une société ne devrait pas être appréciée uniquement à travers ce qu'elle produit ou ce qu'elle possède, mais également à travers la manière dont elle considère les personnes qui traversent ses difficultés les plus profondes.

Car le véritable luxe d'une société n'est peut-être pas seulement de pouvoir offrir beaucoup à ceux qui possèdent déjà. C'est aussi de savoir préserver une place pour ceux qui risquent de tout perdre.

Et si le Luxembourg comptait deux ou trois Marie Laurini de plus ?

La question pourrait sembler provocatrice. Elle est pourtant profondément sincère. Que gagnerait une société si davantage de personnes choisissaient de transformer leur sensibilité aux difficultés humaines en actions concrètes, durables et collectives ? Si davantage de dirigeants, de professionnels et de citoyens considéraient que la réussite personnelle pouvait également devenir un moyen d'ouvrir des possibilités aux autres ?

Marie Laurini appartient à cette catégorie de femmes dont l'action nous invite à reconsidérer notre propre contribution. Non pas parce qu'elle détiendrait toutes les réponses, mais parce qu'elle refuse que l'ampleur des difficultés serve de justification à l'inaction. Son parcours démontre qu'il est possible de faire coexister exigence professionnelle, conviction personnelle et proximité humaine, sans renoncer à la complexité des réalités rencontrées.

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Derrière l'engagement, une femme que j'ai eu le privilège de découvrir

Il arrive que certaines rencontres commencent bien avant que les regards ne se croisent. La mienne avec Marie Laurini a débuté au printemps dernier, par un message qu'elle m'avait spontanément adressé. Elle souhaitait me parler d'une initiative à forte dimension humaine portée par Maison Sourrire, dont l'ambition était de révéler des talents trop souvent ignorés et de créer de nouvelles possibilités pour des personnes éloignées du monde professionnel. Elle avait pensé à MAISON VENSER LUXURY, dont l'univers avait retenu son attention. De ce premier contact sont nés des échanges particulièrement constructifs, au cours desquels j'ai progressivement découvert une femme dont la sensibilité et la détermination dépassaient largement le cadre de ses responsabilités professionnelles.

Nos premières conversations m'avaient déjà révélé quelque chose d'essentiel sur qui elle est. Alors que nous échangions sur les actions de son association, Marie m'avait confié qu'elle se trouvait encore à la maternité, où elle venait tout juste d'accoucher. Et pourtant, depuis ce moment si particulier, elle pensait déjà à son équipe, à ses projets, à ce qu'elle voulait encore construire. Je lui avais naturellement adressé mes félicitations, tout en l'encourageant à profiter de ces premiers instants et à prendre soin d'elle. Je découvrais déjà, à travers ces échanges, une femme dont l'engagement ne semblait pas connaître de parenthèse. Cette force m'impressionnait, mais elle m'inspirait aussi une autre pensée : celles qui prennent tant soin des autres méritent, elles aussi, qu'on prenne soin d'elles.

Quelques semaines plus tard, Marie m'a chaleureusement invitée à découvrir Maison Sourrire, à Esch-sur-Alzette. Je me souviens encore de mon arrivée, tant elle fut inattendue. À peine avais-je franchi la porte que je me suis laissée absorber par l'atmosphère du lieu. Une sensation de chaleur et de sérénité m'enveloppait, au point que j'ai continué à avancer sans même penser à m'arrêter à l'accueil. Il a fallu qu'une collaboratrice m'interpelle pour que je revienne à la réalité. Un peu confuse, je me suis excusée avant de lui demander spontanément, presque émerveillée : « Mais je suis où, là ? Au paradis ? » Lorsque j'ai raconté cette scène à Marie, elle m'a confié, amusée, que d'autres visiteurs avaient déjà ressenti cette impression singulière en entrant dans la Maison.

Cette première visite m'a permis de comprendre ce que nos conversations ne pouvaient qu'esquisser. J'ai été particulièrement sensible à l'accueil de son équipe, à la disponibilité des collaborateurs et à cette atmosphère dans laquelle les personnes accompagnées semblaient pouvoir évoluer avec confiance et naturel. Mais au-delà de ce que je découvrais, quelque chose retenait constamment mon attention : le regard de Marie. Il y avait dans ses yeux une fierté lumineuse, une joie presque palpable lorsqu'elle racontait ce que son équipe accomplissait et ce qu'elle espérait encore rendre possible.

Ce jour-là, j'ai compris que certaines œuvres ne se racontent jamais aussi bien qu'elles ne se vivent.

À Marie, à son équipe et à tous ceux qui font vivre cette maison

Aujourd'hui, lorsque je pense à Maison Sourrire, je ne vois pas seulement une association, des ateliers ou des projets d'accompagnement. Je revois une femme dont les yeux s'illuminaient en me racontant ce que son équipe et elle avaient réussi à construire. Je revois des collaborateurs accueillants, des personnes évoluant dans un espace où elles semblaient pouvoir retrouver une forme de confiance, et cette atmosphère singulière qui m'avait saisie dès les premiers instants.

À Marie, je voudrais dire ceci : continue à défendre cette vision, à faire confiance aux possibilités qui existent derrière les parcours les plus difficiles et à préserver cette proximité avec les personnes qui donnent tout son sens à ton engagement. Et n'oublie pas de prendre soin de toi — car celles et ceux qui consacrent tant d'énergie aux autres méritent également d'être soutenus.

Si je devais retenir une seule leçon de cette rencontre, ce serait celle-ci : nous ne mesurons pas toujours l'importance de ce que nous représentons dans la vie d'une personne. Parfois, ce qui nous paraît n'être qu'un geste ordinaire devient, pour quelqu'un d'autre, le point de départ d'une reconstruction extraordinaire.

Marie Laurini et l'équipe de Maison Sourrire nous rappellent chaque jour cette vérité.

Il ne faut pas nécessairement changer le monde entier pour changer profondément le monde de quelqu'un.

Et parfois, tout commence par une porte que l'on choisit de laisser ouverte.

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Portrait · Marie Laurini

Fondatrice et directrice générale de Sourrire ASBL

Maison Sourrire — Esch-sur-Alzette, Luxembourg


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