LE JOURNAL DE CÉCILE LARA
Stratégie · Influence · Déploiement · Écosystèmes
Une publication de Maison Venser Luxury Éditions
Le Journal de Cécile LARA rassemble des réflexions, analyses et perspectives sur l’entrepreneuriat, les marques, le leadership et les écosystèmes économiques.
Chaque publication décrypte les dynamiques qui façonnent la création de valeur, documente les décisions, les grandes étapes et les évolutions de MAISON VENSER LUXURY®, et met en perspective les choix stratégiques qui accompagnent son développement.
Le Journal met également en lumière les entreprises, partenaires, auteurs et collaborations qui participent à son écosystème, en valorisant leur vision, leur expertise et la valeur construite ensemble.
À travers cette ligne éditoriale, Cécile LARA affirme une lecture structurée des transformations économiques, de l’influence, du développement des entreprises et des marques appelées à s’inscrire dans la durée.
Le Journal de Cécile LARA
Analyses stratégiques, trajectoires d’entreprise et regards sur les transformations économiques.
Publié par Maison Venser Luxury Éditions
JOURNAL
CATEGORIES : ANALYSES / MAISON / ÉCOSYSTÈME
BLACK HISTORY MONTH LUXEMBOURG 2026 De la mémoire à la transmission : que choisissons-nous de construire ?
Le 30 septembre 2026, à l’Auditorium Henri Beck du Cercle Cité, à Luxembourg, l’avant-lancement de la quatrième édition du Black History Month Luxembourg n’a pas seulement précédé un mois de programmation culturelle. Devant un public d’une cinquantaine de personnes, la rencontre organisée par One People ASBL et modérée par Carine Oberweis a fait dialoguer Momodou Malcolm Jallow, N.Y.S.Y.M.B LASCONY et Britanie Lenga autour de questions qui dépassent largement le calendrier commémoratif : mémoire, appartenance, représentation, pouvoir, responsabilité des diasporas et avenir.
Cette édition 2026, articulée notamment autour des axes « ADN – Héritage » et « Africa Decade », annonce plus de trente rendez-vous au Luxembourg durant le mois d’octobre. Mais dès cette première soirée, une interrogation traversait déjà toutes les autres : connaître notre histoire est indispensable ; que choisissons-nous désormais d’en faire et, surtout, qu’allons-nous en transmettre ?
𝗤𝘂𝗮𝗻𝗱 𝘂𝗻𝗲 𝗿𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗲́𝗽𝗹𝗮𝗰𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀
Il existe des rencontres dont on ressort avec des réponses, et d’autres qui possèdent cette qualité plus rare de déplacer les questions. Cette soirée appartient, pour moi, à la seconde catégorie. Nous étions réunis pour parler d’histoire, de mémoire et de cultures noires ; nous avons finalement beaucoup parlé de ce que cette histoire produit encore dans le présent : dans les institutions, dans les rapports de pouvoir, dans les familles, dans notre manière d’habiter plusieurs appartenances et jusque dans ce que nous enseignons à nos enfants pour les préparer au monde.
Le débat quittait alors progressivement le terrain du passé pour rejoindre une question beaucoup plus actuelle : que faisons-nous aujourd’hui de ce dont nous avons hérité ?
𝗘̂𝘁𝗿𝗲 𝗿𝗲𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁𝗲́ 𝗻𝗲 𝘀𝗶𝗴𝗻𝗶𝗳𝗶𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗿
L’intervention de Momodou Malcolm Jallow a posé très tôt une distinction fondamentale : celle qui sépare la représentation de la capacité réelle de transformation. Ancien député de Malmö au Parlement suédois, où il a siégé de 2017 au 28 septembre 2026, il a également été membre de la délégation suédoise auprès de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et a présidé la commission des affaires civiles du Riksdag entre 2022 et avril 2026. Son expérience institutionnelle donnait une dimension très concrète à son propos : être présent dans les lieux de pouvoir constitue une avancée, mais cette présence ne dit pas encore qui définit les priorités, qui participe à la décision, qui dispose des ressources et qui possède réellement la capacité de modifier les règles.
« Entrer dans la pièce n’est pas encore transformer la pièce. »
𝗗𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮𝘂 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗱’𝗮𝗴𝗶𝗿
Cette distinction permet de regarder autrement la question de la diversité. La visibilité peut être comptée : des visages représentés, des fonctions occupées, des personnes invitées à la table. Le pouvoir se mesure autrement. Il apparaît lorsqu’il devient possible de contribuer à l’agenda, d’influencer les décisions, d’accéder aux ressources et de participer à la conception même des réponses. La représentation cesse alors d’être une finalité pour devenir une étape vers la participation et le pouvoir d’agir. Pour les nouvelles générations, le déplacement est considérable : il ne s’agit plus seulement de leur montrer qu’elles peuvent entrer dans certaines institutions, mais de leur permettre d’imaginer qu’elles peuvent aussi participer à leur transformation.
𝗔𝗽𝗽𝗮𝗿𝘁𝗲𝗻𝗶𝗿 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗮𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗮̀ 𝗰𝗵𝗼𝗶𝘀𝗶𝗿
Derrière l’ancien parlementaire est ensuite apparu le père. Jallow a raconté sa double appartenance à travers une anecdote presque légère : de retour en Afrique après des années passées en Suède, il réclame spontanément une file d’attente devant un minibus avant que sa mère ne lui rappelle, avec amusement, qu’il n’est pas en Suède. L’histoire fait sourire, mais dit beaucoup. Vivre durablement dans un pays nous transforme : nous adoptons des habitudes, des références et des réflexes. Cela exige-t-il pour autant d’effacer ce qui existait auparavant ? L’intégration peut aussi être comprise comme la capacité d’habiter plusieurs héritages sans transformer cette pluralité en conflit permanent.
Cette question devient plus intime encore lorsqu’il évoque ses enfants, nés et élevés en Suède, auxquels on peut demander d’où ils viennent, puis, lorsqu’ils répondent par une ville suédoise, d’où ils viennent « vraiment ». Quelques mots suffisent alors à déplacer l’appartenance du domaine de l’évidence vers celui de la justification. Comment grandir sereinement lorsqu’une identité que l’on vit naturellement doit régulièrement être expliquée ? L’enjeu n’est peut-être pas de choisir entre deux appartenances, mais de construire suffisamment d’ancrage pour ne pas dépendre en permanence du regard extérieur afin de savoir qui l’on est.
𝗟’𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗹𝗼𝗻𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
Avec N.Y.S.Y.M.B LASCONY, le regard s’est déplacé vers la profondeur historique. Chercheur pluridisciplinaire, documentariste, historiographe, écrivain, poète, enseignant, historien et conférencier, il avait été le parrain de l’édition 2025 du Black History Month Luxembourg. Son intervention a défendu une idée centrale : l’histoire africaine ne commence ni avec l’esclavage ni avec la colonisation. Commencer systématiquement le récit africain au moment où survient la domination finit par construire une chronologie dans laquelle l’Afrique apparaît d’abord lorsqu’elle est dominée. Or il existe avant cela des sociétés, des pouvoirs, des savoirs, des cultures, des échanges, des résistances et des trajectoires propres. Restituer cette profondeur historique ne consiste pas à idéaliser le passé ; il s’agit de rendre au récit ce qui lui appartient.
𝗖𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶̂𝘁𝗿𝗲 𝗹’𝗛𝗶𝘀𝘁𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗻𝘁
Chez LASCONY, le passé n’était cependant pas une destination. Son propos a progressivement rejoint la question de la puissance, de la transformation et de la responsabilité. Connaître l’histoire d’un continent n’a de portée que si cette connaissance aide également à comprendre son présent et à penser son avenir. La mémoire peut ainsi devenir autre chose qu’un inventaire des blessures : une ressource intellectuelle pour lire les rapports de force contemporains, retrouver une continuité et se penser comme acteur de sa propre trajectoire.
Cette réflexion l’a conduit vers la diaspora. Des Africains et Afro-descendants construisent aujourd’hui leur vie hors du continent, deviennent citoyens, professionnels, entrepreneurs, chercheurs, parents ou responsables dans les sociétés où ils vivent. Cette appartenance n’a pas à être diminuée. Mais elle n’impose pas non plus que l’Afrique devienne uniquement un souvenir familial ou une destination occasionnelle. La question posée devient alors moins celle d’un choix entre « ici » et « là-bas » que celle de la contribution : comment construire pleinement ici tout en conservant la capacité de participer, lorsque nous le souhaitons et là où nous sommes utiles, à ce qui se construit là-bas ?
𝗟𝗼𝗿𝘀𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲́𝗷𝗮̀ 𝗹’𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲, 𝗾𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁𝗲́𝗴𝗶𝗲 𝗮𝗳𝗿𝗶𝗰𝗮𝗶𝗻𝗲 ?
LASCONY a également replacé cette responsabilité dans un environnement international où de nombreux États et ensembles économiques développent leurs propres stratégies à l’égard du continent africain. Son propos invitait ainsi à renverser la perspective : au-delà de ce que les autres projettent sur l’Afrique, quelle vision les Africains et leurs diasporas développent-ils eux-mêmes ? La puissance ne se réduit alors ni à l’argent ni à une démonstration de force. Elle réside aussi dans la capacité à définir ses intérêts, produire une stratégie, construire des institutions et participer à la définition de son propre avenir plutôt que d’être seulement l’objet des stratégies des autres.
𝗤𝘂𝗮𝗻𝗱 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝗻𝘃𝗲𝗿𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗳𝗮𝗺𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀
Avec Britanie Lenga, fondatrice de Culture Dorée, la conversation a quitté les institutions et les grands récits historiques pour entrer dans un espace beaucoup plus intime : celui de la famille. Son intervention a rappelé que la transmission ne passe pas seulement par l’école, les livres, les conférences ou les commémorations. Elle commence aussi dans les mots utilisés à la maison, dans les peurs que l’on transmet sans toujours les nommer, dans les ambitions que l’on encourage ou que l’on limite, et dans la manière dont une génération prépare la suivante à affronter un monde qu’elle sait parfois hostile.
𝗦𝗨𝗜𝗩𝗥𝗘 𝗟𝗘 𝗝𝗢𝗨𝗥𝗡𝗔𝗟
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